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 a u r a s (victoria)

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Enfant d'Apollon
DRAGMES : 39

MessageSujet: a u r a s (victoria)   Mer 2 Aoû - 22:48

ToriVictoria
AmadeusAmadeus
Gloire au divin Apollon

Toute poète sait que l'âme n'a pas besoin d'autre choses que des vers rythmés de vérité pour être nourrie - mais qu'il n'en est pas de même pour le corps que le poète, qui ne pouvant être pur esprit, traîne lourdement à la surface de la Terre.
À la faveur de la nuit, la solitude se faisait plus pressante et prenait des accents douloureux. Elle n'était plus cette douce amie qui l'embrassait de ses bras caressants et lui susurrait des vers d'une beauté poignante - elle devenait une harpie lui déchirant le cœur de l'envie de voir quelqu'un d'autre que son ombre. Elle devenait insupportable et scandaleuse. C'était dans ces moments qu'Amadeus quittait son antre quasi-céleste pour retrouver le monde des demi-dieux et sustenter ses appétits mortels et vaguement honteux. Une faim légère lui tiraillait le ventre, lui qui n'avait pas dépensé beaucoup de calories mais qui avait épuisé son esprit à rechercher une vérité qu'Amadeus savait être le seul à pouvoir percer un jour.
Pourtant, loin d'être un moment désagréable, Amadeus considérait ce retour à la réalité sensible - celle que tout le monde voyait et prenait pour vraie - était une distraction bienvenue dans la quête de l'absolu. Il était parfois pris de céphalée à cause du dur labeur intellectuel qu'il accomplissait dans la journée, alors forcément, il aimait bien faire autre chose. Et consacrer un peu de temps à ses frères et sœurs adorés avec qui il se sentait si bien.
Son installation à la cité était une affaire toute récente et, en attendant de l'avoir totalement réglée, il lui arrivait de temps en temps de revenir au camp pour jouer au pique-assiette - car, et c'était une triste vérité, Amadeus ne savait pas vraiment cuisiner. Il n'arrivait pas à considérer la cuisine comme un véritable art, car elle avait trop de contraintes pour être vraiment artistique - il fallait apprendre des gestes techniques, respecter des recettes, des temps de cuisson, ce n'était pas franchement amusant. Amadeus aimait se lancer des expérimentions créatives - et dans le domaine culinaire, il n'avait que rarement des réussites. Et puis, il n'avait pas la patience d'apprendre, il était trop occupé. Alors qu'il pouvait se glisser subrepticement au camp pour manger - le calcul était vite fait.
Les saveurs olfactives qui lui chatouillaient les narines lui donnaient des envolées lyriques. Amadeus cherchait instinctivement les mots exacts pour décrire avec précision et beauté, ne reculant devant aucune métaphore pour restituer l'essence de ce qu'il sentait. Des saveurs sucrées, acidulées, fumées se confondaient en une senteur d'amadou que le brasier, servant ordinairement aux sacrifices, diffusait dans tout le camp. À chaque soir son humeur, et avant tout sacrifice au divin Apollon, Amadeus choisissait soigneusement le don qu'il se devait de lui faire. Il se sentait d'humeur chasseresse et chercha une tranche de gibier. Son regard s'arrêta sur du civet qui lui parut le cadeau adapté. Il s'empressa d'aller le brûler pour son père avant de pouvoir aller manger.
Mais il n'était pas le seul à se plier à ce rituel quasi-obligatoire : le brasier dessinait l'ombre svelte d'une de ses sœurs, Victoria. Elle était plutôt différente de lui, plus solaire, ce qui ne l'empêchait de l'apprécier. Amadeus apprécia la scène de son regard de poète, puis se glissa vers elle pour lui offrir les vers que cette vision lui avait inspirés :

« Enfouie dans la pénombre intersidérale, la lumière du soleil s'épanouit en un chatoyant clair-obscur... »

Il sourit, à moitié satisfait de ce qu'il disait - comme toujours avec les premiers jets, car la poésie se travaillait encore et encore, jusqu'à atteindre la perfection qu'il recherchait.

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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Dim 6 Aoû - 19:44

auras

   Face au brasier des offrandes aux dieux, ses yeux glissaient d'une table à l'autre, sans vraiment s'arrêter sur quiconque, sans accorder son attention ou son estime aux demi-dieux présents - trop occupée qu'elle était à poignarder un morceau de viande à répétition. Ce que le pauvre steak n'avait rien fait pour mériter. Mais elle était inquiète, et ce simple fait la détournait de ses préoccupations mortelles. Inquiète pour son oncle, pour commencer. Il était celui qui l'avait élevée, celui qui l'avait recueillie lorsqu'Hadès et les Parques lui avaient arraché sa mère. Il était son seul véritable père. Et il était maudit, comme eux tous. Il avait défié la mort, plus longtemps qu'aucun membre de la lignée n'avait réussi à le faire - il avait défié toutes les statistiques, contré toutes les moyennes, et il était toujours là. Mais pour combien de temps, encore? Il était malade, si malade, rattrapé par leur destin à tous. Malgré tous ses propres efforts. Elle avait passé le précédent week-end à ses côtés, à épuiser toutes ses propres forces pour essayer de le prolonger, encore un peu, toujours un peu plus. Elle aurait tout donné pour être encore chez elle, à la Nouvelle-Orléans, à veiller sur les siens. Tout. Dans ces conditions, comment apprécier son repas à la colonie, en compagnie de ses demi-frères et soeurs, à se revendiquer fille d'Apollon? Et pourtant, elle les aimait, ses frères et soeurs du bungalow sept.

Elle finit par abandonner le steak mutilé, jugeant finalement que ce n'était pas un don digne de la grandeur et de l'ego de son père. Apollon était le dieu le plus auto-satisfait de l'Olympe, et il ne se contenterait pas d'un morceau de boeuf assassiné par les bons soins de sa fille. Elle n'avait aucun intérêt à se mettre un dieu de plus à dos, merci. Même si la colère bouillonnait en elle, toujours plus. Sa rancoeur contre l'Olympe la faisait brûler aussi fort que les flammes sacrificielles dans lesquelles elle laissait perdre son regard. Elle serra un peu plus fort les doigts sur l'assiette qu'elle tenait à la main, et finit par arrêter son choix sur un délicat petit chou à la chantilly - un de ses préférés, avec des petites étoiles en sucre argentées sur le dessus. Elle adressa un regard de regret à la pâtisserie - son père venait juste de lui piquer son dessert sous son nez, après tout - et la jeta d'un geste souple dans le feu. C'est pour toi, Apollon. Papa. Vive toi, gloire à ta grandeur. Protège mon oncle. S'il te plaît. Prière dans le vent. Mots jetés dans les airs, sans aucun sens.

« Enfouie dans la pénombre intersidérale, la lumière du soleil s'épanouit en un chatoyant clair-obscur... » A sa honte suprême, elle sursauta violemment avec un petit cri de mauviette qu'elle regretta immédiatement, tout en jetant à moitié son assiette à la tête de Chiron et en plaquant son poignard sur l'intrus qui l'avait surprise, sortant des ombres. Poignard qu'elle rangea immédiatement. Ce n'était pas un ennemi. C'était son frère. Elle fronça les sourcils, vexée de s'être laissée surprendre. 'Amadeus, par le caleçon de Zeus! Tu t'es pris pour un ninja, ou quoi?.' Puis elle finit par soupirer et lui adresser un sourcil, en essayant de se recomposer un air digne. 'Tu m'as surprise. Heureuse de te voir. Tu comptes sacrifier tes petits vers à Papa?' Le sourire était devenu vaguement moqueur, alors qu'elle le taquinait gentiment, comme à son habitude. Elle aimait bien sa poésie. Sauf quand il avait l'insolence (et indécence) de les composer sur elle. Ce qui lui donnait envie de jeter sur lui les dix plaies d'Egypte.

   

   
☆☆☆ Beerus
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Enfant d'Apollon
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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Mar 8 Aoû - 12:14

ToriVictoria
AmadeusAmadeus
Gloire au divin Apollon

Tous les frères et sœurs d'Amadeus ne lui étaient pas identiques, dans la mesure où leur père avait de nombreuses facettes, et la réaction de Victoria lui rappela ce simple fait, au cas où il l'avait oublié. Elle poussa un cri de surprise pas très courageux, mais loin d'être dissonant, avant de le menacer avec son poignard avec une efficacité qu'Amadeus le poète n'aurait jamais pu atteindre. Mais il comprenait cette réaction - on ne pouvait être un d'Estaing sans une dose de méfiance, et il fut plus amusé que contrarié par le fait de se retrouver menacé par un poignard sorti de nulle part. Il leva les mains en signe de paix, attendant qu'elle le reconnaisse pour baisser l'arme mortelle. Il eut le bon sang de paraître un peu contrit, mais à vrai dire, l'idée d'avoir réussi à faire sursauter quelqu'un avec quelques vers lui plaisait bien - preuve que les mots pouvaient avoir quelque chose d'effrayant lorsqu'ils étaient bien maniés. Victoria lui reprocha de se comporter en ninja, mais Amadeus secoua la tête :

« Tu plaisantes ? Ces types ne m'inspirent rien du tout. »

Des gens de l'ombre, qui certes se déplaçaient avec une certaine grâce, mais dont la lame était trempée de sang et qui obtenaient des secrets avec une indiscrétion coupable - non, décidément, ces ninjas n'étaient pas du tout un modèle pour Amadeus. Même s'il n'appréciait pas franchement la comparaison, il ne dit rien de plus, reconnaissant qu'il s'était peut-être montré trop discret dans sa façon d'approcher.
Et puis, il s'agissait de Victoria, avec qui il adorait se disputer à leur manière - c'est-à-dire avec une rhétorique abrasive qui aimait pointer là où ça faisait mal, mais sans agressivité superflue ou méchanceté gratuite. Juste pour le plaisir de souligner une faiblesse dans le discours sans pour autant l'exploiter. Et sa sœur ne s'en priva pas, lui demandant s'il comptait jeter ses vers en sacrifice à leur père. Amadeus prit un air faussement scandalisé - il savait qu'elle n'était pas tout à fait sérieuse. Il est vrai qu'il avait tendance à considérer la poésie comme une nourriture spirituelle, mais il était certain que papa Apollon n'apprécierait pas qu'on la réduise à une nourriture réelle et donc en cendres sur le grand bûcher de la colonie. Il désigna plutôt son assiette de civet qu'il tenait bien droit entre ses mains sombres :

« Tu sais bien que les vers sont particulièrement indigestes lorsqu'on essaie de les ingérer, le papier se digère très mal, tu sais, répondit-il sur le même ton. Non, je comptais lui offrir un peu de ce ravissant civet aux couleurs automnales - son odeur est divine. Mais j'espère de tout cœur que tu n'as pas l'intention de lui sacrifier ce petit morceau de chair rabougri, continua-t-il en désignant le coupable du doigt. Il a mauvaise allure. »

Bien sûr, Amadeus ne savait pas que Victoria avait déjà fait son sacrifice. Il se dirigea vers le feu, laissa glisser de son assiette le civet et adressa son offrande au divin Apollon sans rien exiger en retour - trop satisfait d'être le fils de son père pour se transformer en suppliant dans des situations pareilles. La trace brune laissée dans son assiette était particulièrement peu ragoutante, et il songea qu'il devait de toute urgence l'effacer.

« Est-ce que tu as une serviette pour que je corrige ça ? Cette traînée est d'une laideur insupportable que je ne saurais tolérer. »

L'air sincèrement dégoûté d'Amadeus rappelait à quel point il était attaché à la beauté esthétique des choses - des gens comme des objets. Il serait incapable de manger tant qu'il n'aurait pas scrupuleusement nettoyé son assiette - son défaut mortel se manifestant à toutes les occasions.

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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Mer 9 Aoû - 11:10

auras

   Les cendres enflammées continuaient à voler dans la nuit, comme des papillons de feu, dans une danse lumineuse qu'elle n'arriverait jamais à reproduire si elle essayait de se servir de sa pyrokinésie - zéro maîtrise de son côté. Elle serait probablement plus susceptible de mettre le feu à l'ensemble de la colonie qu'autre chose. Elle était trop caractérielle, trop capricieuse, avait trop peu de maîtrise. Egalement la raison pour laquelle elle avait failli égorger son pauvre frère, qui n'avait rien demandé à personne. Tout le langage corporel d'Amadeus hurlait la paix et l'amusement - malgré son effort évident de paraître désolé. Il n'avait pas eu l'intention de la surprendre et de la faire crier comme une fillette, visiblement; et pourtant, elle plissa les yeux comme un serpent réprobateur, furieuse de s'être faite avoir et de s'être donnée en spectacle. « Tu plaisantes ? Ces types ne m'inspirent rien du tout. » Amadeus paraissait vexé de la comparaison. Pourtant, elle, elle avait toujours adoré les histoires de ninjas, lorsqu'elle était plus jeune - des espions japonais qui se fondaient dans la nuit et les ombres, porteurs d'un héritage anciens et forts d'un entraînement qui ne tolérait aucune erreur. Elle avait adoré les ninjas presque autant que les dinosaures, et la vexation évidente d'Amadeus lui arracha un rictus amusé. Elle pouvait comprendre ce qui lui déplaisait, dans ces guerriers de l'ombre; des tueurs à la grâce mortelle et obscure, qui ne pouvaient pas obtenir l'approbation d'un poète et d'un esthète comme l'était son frère. Alors elle n'insista pas, et lui tapota affectueusement l'épaule, dans un geste faussement réconfortant, sans se départir de son sourire amusé.

Elle appréciait la compagnie d'Amadeus parce qu'il était différent, justement. Au fond, eux tous, enfants dorés d'Apollon, étaient des êtres différents - supérieurs, dans un sens. Ils se nourrissaient de beauté et de lumière, se complaisaient dans l'harmonie et la pureté. Elle-même n'était que l'incarnation des aspects les plus répréhensibles de leur père, et pourtant, elle était une esthète dans sa qualité la plus pure. C'était parce qu'Amadeus était différent qu'elle appréciait de le taquiner, souvent. Et qu'il jouait le jeu. L'air exagérément scandalisé qu'il prit à sa suggestion lui arracha un rire, et elle feignit d'être parfaitement sérieuse, avant de hausser un sourcil face à l'assiette de gibier vers laquelle Amadeus attirait son attention. « Tu sais bien que les vers sont particulièrement indigestes lorsqu'on essaie de les ingérer, le papier se digère très mal, tu sais. Non, je comptais lui offrir un peu de ce ravissant civet aux couleurs automnales - son odeur est divine. Mais j'espère de tout cœur que tu n'as pas l'intention de lui sacrifier ce petit morceau de chair rabougri. Il a mauvaise allure. » Elle lui dégaina alors un regard assassin, aussi meurtrier que les flèches de leur père, lorsqu'il se sentait d'humeur à répandre quelques petites pandémies dévastatrices. 'Je ne pensais pas que tu refuserais de dédier ta poésie à Papa, c'est un scandale. Terpsichore et lui ont toujours reçu les honneurs des poètes, dans l'ancien temps.' Elle ravala ensuite son faux air de Miss Je-Sais-Tout et tourna les yeux vers l'assiette dans ses mains, avec le pauvre steak massacré., avant de hausser les épaules avec dédain. 'Peuh. Je lui ai déjà donné mon dessert préféré. Je n'ai pas besoin d'une autre malédiction, merci. En plus, ton gibier, il irait mieux à Artémis. De ce que je sais, Papa ne gambade pas dans les bois, entouré d'une bande de jeunes adolescentes immortelles pour chasser des bêtes sauvages.' Elle marqua un silence, songeuse. 'Quoique, je suis sûre qu'il apprécierait. Quant à cette terrible imitation de steak, j'en ferai cadeau à un Arès. Je suis sûre qu'il adorerait.'

Entre temps, elle vit Amadeus faire cadeau de son gibier à Apollon, tandis que les flammes se nourrissaient des fibres animales, et elle grimaça en voyant la traînée marron qui s'étirait sur la porcelaine de son frère. « Est-ce que tu as une serviette pour que je corrige ça ? Cette traînée est d'une laideur insupportable que je ne saurais tolérer. » D'accord, elle n'en était pas à ce point-là non plus. Mais sans un mot, elle dégaina une serviette de la poche de son jean et la tendit à son frère. Une serviette blanche, impeccable - comme seule une personne prêchant l'harmonie au plus au point pouvait posséder. Comme eux seuls pouvaient posséder.

   

   
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Dernière édition par Victoria d'Estaing le Mer 9 Aoû - 16:35, édité 1 fois
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Enfant d'Apollon
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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Mer 9 Aoû - 13:33

ToriVictoria
AmadeusAmadeus
Gloire au divin Apollon

Ce qu'Amadeus aimait particulièrement chez sa sœur Victoria, c'était cette capacité qu'elle avait de toujours trouver une réponse appropriée à ce qu'il lui disait. Elle pouvait retourner ses plus belles répliques en abordant le sujet abordé dans un angle différent, qui, bien entendu, allait dans son sens et discréditait Amadeus par la même occasion. Les personnes capables de faire cela étaient peu nombreuses, et rares le faisaient avec autant de brio. Avec une moue légèrement contrariée - mais bien sûr surjouée -, Amadeus dut bien avouer qu'elle avait raison, que sa poésie était bien consacrée à son père, elle vivait même entièrement pour son père - et un petit peu pour les autres dieux pour qui le poète avait du respect mais moins d'admiration que celle qu'il vouait au grand Apollon.

« Je le lui donnerai, mais pas sur le feu. » avait conclu Amadeus, détendu.

Mais il n'y avait pas que les paroles d'Amadeus que Victoria aimait critiquer : le choix du sacrifice du jeune homme était également soumis à sa désapprobation. Sans doute n'aimait-elle pas le plat délicat qu'était le civet, mais qu'il appréciait pour ses qualités gustatives incomparables - force d'une viande sauvage adoucie par la saveur d'une sauce nuancée dessinant un camaïeu de bruns foncés dans son assiette. Victoria prétendait qu'un tel plat convenait mieux à Artémis la chasseresse, mais il n'était pas d'accord : un gibier cuisiné avec art revenait mieux au frère qu'à la sœur, selon lui, puisque l'art venait s'en mêler. Amadeus pouvait voir, à la lueur rougeoyante des flammes sur son civet, que celui-ci avait été préparé avec un soin tout particulier, que le cuisinier avait atteint une forme de perfection dans son art. Pendant qu'il le déversait dans le brasier, il prit la peine de répondre :

« Parce que tu crois vraiment qu'une friandise de petite fille soit plus appropriée ? » Son ton, amusé, réussissait l'exploit de ne pas flirter avec le mépris mais d'être débordant de simplicité. « Papa aime la bonne chair, en particulier lorsqu'elle est bien cuisinée. Tu ne sens pas cette odeur civilisée qui s'échappe du civet quand je le brûle ? Elle a le goût de la rencontre entre l'art et la nature. Je suis sûr que ça lui plaira tout autant qu'à tante Artémis. Par contre, je suis d'accord, un steak comme ça ferait plaisir à Arès »

Quand il s'agissait de discuter de leur père, tous deux rivalisaient pour se montrer digne de son attention et prouver qu'ils étaient chacun l'enfant le plus digne d'Apollon, mais quand on en venait à Arès, ils trouvaient bien plus facilement un terrain d'entente. De mépris, il n'était pas question - on ne réservait pas un tel traitement à un dieu - mais cela n'empêchait pas de penser que certains dieux étaient moins délicats que d'autres.
Victoria lui tendit une serviette blanche avec laquelle Amadeus essuya méticuleusement son assiette. À présent, cette dernière était parfaite, mais la serviette avait perdu de sa perfection immaculée. Avec un soupir, Amadeus s'en excusa :

« Je te la nettoierai avant de te la rendre, elle est bien trop brouillonne ainsi. »

Ce qui pouvait rassurer sa sœur, c'était qu'Amadeus ne lui rendrait jamais un objet qui n'était pas parfaitement propre - il y allait de son honneur d'esthète. Le blanc serait aussi blanc qu'auparavant.
Ils n'avaient désormais plus aucune raison de rester plus du brasier : leur devoir avait été accompli, l'heure de se sustenter l'estomac était venue.

« On va manger ? Ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé, on pourrait échanger de nos nouvelles. »

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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Lun 11 Sep - 11:49

auras

   Les mots comme des flèches d'argent, qui déchiraient la réalité, et allaient se planter directement dans leur cible - autrement dit, l'ego de son demi-frère à la peau d'ébène. Par jeu. Enfants de la rhétorique, leurs langues étaient acérées, les joutes, un divertissement. Un échange rafraîchissant, auquel elle ne pouvait se prêter qu'avec son aîné, le seul avec qui l'échange restait vif, sans tomber dans une mesquinerie gratuite qu'elle réservait aux êtres qu'elle méprisait le plus. Un exercice qui gardait son esprit affuté comme une fine lame. Comme les vers d'Amadeus gardaient son art vivant, temple éternellement dédié à leur créateur de père. « Je le lui donnerai, mais pas sur le feu. » Elle haussa les épaules, et feignit une moue déçue. Dommage. Elle était persuadée que les mots et les rimes d'Amadeus auraient bien rendu dans le brasier. Tout comme l'espèce de machin en sauce brune qu'il comptait dédier à la gloire de leur père. Elle ne pouvait nier que le civet était, effectivement, un plat respectable, mais elle n'avait jamais était une grande adepte du gibier. Les animaux sauvages étaient la chasse gardée de sa divine tante, la chasseresse Artémis. Son vantard de père, lui, ne chassait que les plus sauvages des êtres - ses flèches se plantaient dans les mortels qui avaient eu l'heur de le décevoir, dévastant des populations de ses cruelles épidémies. « Parce que tu crois vraiment qu'une friandise de petite fille soit plus appropriée ? » Les mots d'Amadeus l'arrachèrent à ses pensées, et elle lui offrit son regard le plus flamboyant, le plus furieux. Personne n'insultait les choux à la chantilly sans le regretter immédiatement. Alors qu'elle allait soigneusement lui expliquer sa façon de penser et lui prouver qu'on ne dénigrait pas le chou à la chantilly sacré, il reprit la parole, et elle dut se contenter d'écouter sa diatribe d'une oreille, en levant ostensiblement les yeux au ciel. « Papa aime la bonne chair, en particulier lorsqu'elle est bien cuisinée. Tu ne sens pas cette odeur civilisée qui s'échappe du civet quand je le brûle ? Elle a le goût de la rencontre entre l'art et la nature. Je suis sûr que ça lui plaira tout autant qu'à tante Artémis. Par contre, je suis d'accord, un steak comme ça ferait plaisir à Arès » Le dernier mot détourna aussitôt son attention du sacrilège antérieur d'Amadeus. Arès, ce fléau pour l'humanité. Elle grimaça, et sincèrement, cette fois, dans une moue qui ne parvint à déformer son gracieux visage. Elle ne niait pas la nécessité de la divinité de la guerre - elle qui était la fille de l'incarnation la plus violente et destructrice d'Apollon.  Mais Arès était trop brutal, trop chaotique, et il froissait sa fibre harmonique. Il la dégoûtait viscéralement. Il était aussi rustre qu'Apollon était délicat. Pas étonnant qu'Amadeus partage son avis. Avec une grimace et une défiance ostensible pour ces dieux qu'elle ne respectait pas, elle finit par envoyer son morceau de steak massacré dans le feu. 'Bon appétit, Arès.' Il était probablement incapable de faire la différence entre un délicat filet mignon et un morceau de steak haché issu d'une grande surface. Pendant ce temps, Amadeus avait consciencieusement nettoyé son assiette, satisfaisant probablement son esprit psychorigide. « Je te la nettoierai avant de te la rendre, elle est bien trop brouillonne ainsi. » Il avait plutôt intérêt, oui. Le voile de coton était complètement souillé. « On va manger ? Ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé, on pourrait échanger de nos nouvelles. » Elle hocha la tête, approbatrice. 'Avec plaisir. J'ai la dalle. Tu pourras me raconter sur quels petits vers ridicules tu travailles en ce moment.' Sans plus de cérémonie, elle ouvrit la marche, et alla confortablement s'installer à la table d'Apollon.

   

   
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MessageSujet: Re: a u r a s (victoria)   Sam 16 Sep - 13:33

ToriVictoria
AmadeusAmadeus
Gloire au divin Apollon

Malgré toutes les différences qui pouvaient exister entre les deux enfants d'une même divinité, certains points de convergence existaient, et la hauteur avec laquelle ils considéraient le dieu martial en était une. Amadeus considérait comme probable qu'ils vissent tous deux dans la guerre une boucherie vulgaire qui n'avait rien de digne à célébrer. Une violence brouillonne et contre-nature qui se déchaînait contre des frères au lieu de privilégier le logos tout puissant dont tout homme était doté dès sa naissance - mais certains plus que d'autres. Seule la chasse noble et respectueuse de l'animal nourricier pouvait trouver grâce à ses yeux - parce qu'elle était nécessaire, qu'elle s'inscrivait dans un cycle naturel où la chair nourrissait la chair, où la mort de la proie entretenait la vie du prédateur, rendant par là-même nécessaire d'honorer le sacrifice que l'animal accomplissait pour plus fort que lui.
Le steak massacré finit lancé au feu à la gloire d'Arès - et avec lui, une interrogation, celle de savoir si le dieu de la guerre serait ravi de cette offrande et s'il comprendrait toute l'ironie moqueuse qui se cachait derrière. Voilà qui inspirait une histoire comique à Amadeus, qui n'oubliait pas la tradition de comédie grecque et qui désirait parfois renouer avec la tradition aristophanienne. L'idée cheminait dans sa tête alors qu'ils se dirigeaient vers la table d'Apollon. Cela tombait bien, Victoria lui demandait sur quels vers il travaillait en ce moment, et certains d'entre eux étaient justement en train de naître en lui.
Amadeus prit toutefois la peine de déposer soigneusement assiette et couverts face à lui avant de prendre la parole, peu désireux de laisser un quelconque manque de symétrie prendre place sur la table.

« Imagine un peu. Arès reçoit le steak que tu lui as envoyé et se flatte d'avoir su attirer l'attention d'une jeune fille d'Apollon. Il pense avoir été apprécié à sa juste valeur et ne tarde guère à se vanter aux autres dieux, comme il sait si bien le faire, de l'offrande qu'il a reçue. Arrive notre père, intrigué par le vacarme, qui écoute l'histoire avec attention. Il jette un regard dégoûté au steak déchiré et déclare qu'aucun de ses enfants n'oserait faire d'offrande pareille sans vouloir offenser le dieu à qui elle est adressée. Trompé par son ignorance, Arès se sent insulté et jette le steak par terre, mais il est trop tard, le mal est fait. »

Amadeus laissa planer la fin de son histoire afin d'en savourer les dernières tonalités. Il était certain que cette fable ferait des vers remarquables, mais il n'avait guère le temps de les construire alors que son estomac devait être sustenté. Son assiette n'avait pas encore été touchée, car il se repaissait encore des implications de l'histoire qu'il avait conçue. Il se demandait ce qui lui plaisait le plus, la satisfaction d'avoir créée une histoire qui l'amusait ou bien celle de s'être résolument moqué du dieu de la guerre en toute impunité. Attitude légèrement narcissique, il est vrai, mais Amadeus était en cela semblable à son père, qui s'enivrait parfois de son propre reflet.
Mais il ne pouvait rester dans cet état d'auto-satisfaction plus longtemps, et il envisagea alors de répondre plus directement à la question que Victoria lui posait :

« Oh, mais en fait, la comédie, ce n'est pas trop mon style, en général, donc je planche plutôt sur des textes tragiques en général. Les demi-dieux terrassés par les dieux, c'est mon thème de prédilection en ce moment. Mais je n'ai pas trop le temps de m'en occuper avec mon futur déménagement. Et toi ? Quoi de neuf de ton côté ? »

Après sa tirade, Amadeus ressentait plus que jamais les tiraillements de son estomac et, estimant avoir assez parlé pour le moment, entama son assiette avec une préciosité toute calculée.

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